Analyse des plans de transition pour la première application de la CSRD
Dans le contexte de la première mise en œuvre de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), l’ADEME a mené une campagne d’évaluation de la stratégie climat de 39 entreprises en s’appuyant sur les méthodologies ACT (Accelerate Climate Transition).
Ces méthodologies offrent un cadre conceptuel commun, composé de modules d’évaluation quantitatifs et qualitatifs, permettant d’apprécier dans quelle mesure les entreprises contribuent à l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris.
Suite à un premier état des lieux réalisé l’an passé sur 25 entreprises des secteurs de l’immobilier, des transports et de l’industrie, cette démarche a pour objectif d’évaluer dans quelle mesure les nouvelles obligations de transparence imposées par la CSRD permettent de disposer d’une information à la fois complète, structurée et réellement exploitable pour analyser en profondeur les plans de transition des entreprises.
Les évaluations engagées au premier trimestre 2025 s’inscrivent dans un contexte politico-réglementaire en pleine évolution, la directive CSRD faisant l’objet d’un processus de simplification dans le cadre de la directive Omnibus. Il est à noter que le présent rapport s’appuie ainsi sur les plans de transition publiés par les entreprises soumises à la CSRD en 2025, c’est-à-dire avant l’entrée en vigueur des ajustements attendus à l’issue du processus Omnibus.
Disponibilité des informations
Les évaluations présentées dans ce rapport ont été réalisées sur la base des rapports de durabilité et de données publiques. La mise en application de la CSRD a constitué un apport majeur pour la conduite de l’analyse et pour la qualité des résultats obtenus.
En moyenne, 91% du score de performance a pu être évalué grâce aux apports des rapports CSRD de ces grandes entreprises.
Ce résultat est en nette progression par rapport à la campagne d’évaluation de l’année précédente où 80% du score de performance avait pu être évalué en moyenne. Pour une méthodologie exigeante comme ACT Evaluation, cela illustre les progrès accomplis en termes de disponibilité, de transparence et de profondeur de l’information. Cette amélioration correspond précisément à l’un des objectifs structurants de la CSRD.
Premiers résultats : des progrès dans l’alignement des entreprises avec l’Accord de Paris
Près de 45% des entreprises ont un score de performance supérieur à 50%, ce qui traduit une mise en œuvre de pratiques avancées sur les enjeux climat avec des dispositifs de transition structurés.

L’analyse détaillée met en évidence un panel d’entreprises mobilisées et conscientes des enjeux, mais encore en phase de structuration de leurs trajectoires de décarbonation.
Sur le plan stratégique, la transition bas-carbone est désormais largement intégrée dans le pilotage : existence quasi systématique d’organes de supervision, prise en compte du climat dans la cartographie des risques, premiers mécanismes d’incitation managériale, et multiplication des engagements de réduction d’émissions, souvent alignés sur les référentiels internationaux (SBTi). Le climat est de plus en plus considéré non seulement comme un enjeu de gestion des risques mais aussi comme un levier d’opportunités pour le développement et l’innovation, en particulier à travers l’émergence de nouvelles offres et services dits « de transition”.
Pour autant, un écart persiste entre les ambitions affichées et les actions de décarbonation à engager. Dans de nombreux cas, les plans de transition manquent encore de granularité permettant d’attester leur crédibilité. Les principaux leviers d’action – efficacité énergétique, évolution du mix énergétique, transformation du portefeuille d’activités, action sur la chaîne de valeur – ne sont pas systématiquement associés à des contributions chiffrées aux réductions d’émissions. Ils demeurent également rarement liés aux trajectoires d’investissement (CAPEX/OPEX, R&D) et au modèle d’affaires. Les émissions verrouillées et les effets de long terme des choix d’investissement restent peu détaillés.
L’analyse met également en évidence un renforcement progressif de l’attention portée par les entreprises à leur chaîne de valeur, là où se situent les principaux enjeux pour de nombreux acteurs : les premiers dispositifs structurés d’engagement fournisseurs et clients se développent, mais leur capacité à produire un impact tangible sur les émissions reste difficile à apprécier, faute d’indicateurs consolidés. De même, le besoin et soutien aux politiques publiques climatiques et les positions défendues dans les associations professionnelles sont encore très peu documentés, alors même qu’ils conditionnent largement l’environnement de la transition.
Axes d’amélioration
Sur la base des forces et des limites observées et avec la vision sur les notes moyennes des entreprises selon les 9 modules ci-dessus, plusieurs axes d’amélioration se dégagent pour renforcer la crédibilité et l’efficacité des plans de transition :
- Permettre un suivi des progrès réalisés dans le temps sur les modules objectifs de réduction et performance des produits vendu ;
- Assurer une couverture complète des scopes pertinents, en particulier le scope 3, en explicitant les méthodologies, hypothèses et ajustements de périmètre, pour garantir la transparence et la comparabilité des données ;
- Stabiliser les séries d’émissions afin de suivre de manière fiable les trajectoires dans le temps et de détecter les progrès ou écarts par rapport aux objectifs ;
- Documenter les émissions verrouillées et les impacts attendus des investissements futurs sur les émissions, en tenant compte des effets à moyen et long terme sur les activités et la chaîne de valeurs.
- Permettre de mettre en cohérence les modules investissements matériel et immatériel avec les objectifs de réduction sur lesquels se sont engagés les entreprises ;
- Associer chaque levier d’action à une contribution chiffrée aux réductions d’émissions, en définissant des jalons clairs à court, moyen et long terme, afin de permettre un suivi précis de la progression et d’évaluer la crédibilité de la trajectoire de décarbonation ;
- Articuler clairement le plan de transition avec les plans d’investissement (CAPEX/OPEX) et les ressources mobilisées, en précisant comment ces moyens soutiennent concrètement la mise en œuvre des actions ;
- Garantir la cohérence entre objectifs, indicateurs et pilotage interne, en s’assurant que les KPI choisis permettent de mesurer efficacement les progrès réalisés et d’informer la prise de décision stratégique, tout en facilitant la transparence vis-à-vis des parties prenantes.
- Permettre d’objectiver les modules modèles économiques, engagements fournisseurs et engagements clients en apportant des éléments chiffrés et suivis dans le temps ;
- Mesurer et suivre la part du chiffre d’affaires et des investissements liée à des offres bas-carbone ou de transition, afin d’évaluer l’évolution concrète du portefeuille d’activités vers des modèles plus durables ;
- Structurer des politiques d’engagement fournisseurs et clients, avec des attentes claires (objectifs chiffrés, plans de transition, indicateurs de suivi) et, le cas échéant, des mécanismes d’incitation ou de sanction pour renforcer l’impact et la responsabilité tout au long de la chaîne de valeur ;
- Intégrer des critères climat dans les décisions d’investissement, la conception des produits et les modèles de services (seconde vie, réparation, usage plutôt que propriété, etc.).
- Assurer la cohérence entre les communications climatiques, le lobbying et les positions adoptées au sein des associations professionnelles, afin de garantir que les prises de parole publiques reflètent les ambitions de transition de l’entreprise ;
- Publier des revues régulières d’alignement des organisations auxquelles l’entreprise adhère et des actions correctrices en cas de divergence ;
- Affirmer un soutien explicite aux politiques publiques compatibles avec l’Accord de Paris.
